Un contrat commercial international mal négocié sur quelques clauses clés peut exposer l’entreprise à des risques juridiques et financiers majeurs, souvent révélés bien après la signature, au moment précis où survient le litige. Certaines clauses, au-delà des mentions génériques de prix, d’objet ou de délais, méritent une attention particulière car elles conditionnent l’issue d’un différend.
Droit applicable et juridiction compétente
À défaut de choix explicite dans le contrat, le juge saisi applique les règles de conflit de lois et les conventions internationales en vigueur, ce qui peut désigner un droit ou un tribunal totalement défavorable à l’une des parties. Pour les ventes internationales d’objets mobiliers corporels, la Convention de La Haye du 15 juin 1955 prévoit qu’en l’absence de choix des parties, la loi applicable est en principe celle du pays où le vendeur a son établissement au moment où il reçoit la commande — une règle qui favorise structurellement le vendeur, au détriment de l’acheteur qui ne l’aurait pas anticipée.
Au niveau européen, le Règlement (UE) n° 1215/2012, dit Bruxelles I bis, encadre la détermination de la juridiction compétente en matière civile et commerciale pour les litiges transfrontaliers au sein de l’Union européenne. Ce règlement pose le principe que les personnes domiciliées dans un État membre sont attraites devant les juridictions de cet État, sauf règles particulières prévues aux articles 4 à 7. Son application reste toutefois subordonnée à une clause claire et non ambiguë désignant la juridiction retenue par les parties, faute de quoi les règles par défaut du règlement s’appliquent, avec un résultat qui peut surprendre l’une des parties au moment du litige.
Les clauses financières et le choix de l’Incoterm
La sécurisation du paiement suppose de préciser la devise exacte retenue (dollar américain, dollar canadien ou autre monnaie), le mode de paiement, ainsi que les délais et pénalités de retard applicables en cas de défaut d’exécution. Ces éléments, souvent traités de façon trop générale, deviennent déterminants lorsque le taux de change évolue défavorablement entre la signature et l’exécution du contrat.
Le choix de l’Incoterm applicable détermine la répartition des frais de transport et le moment précis du transfert de risque entre le vendeur et l’acheteur. La Chambre de Commerce Internationale (CCI) met régulièrement à jour ces règles : la version actuellement en vigueur, les Incoterms 2020, est entrée en application le 1er janvier 2020. Il est donc indispensable de préciser explicitement la version retenue dans le contrat (par exemple « FOB Incoterms 2020 »), car les versions antérieures, comme les Incoterms 2010, restent également valables et peuvent créer une ambiguïté en cas de silence du contrat.
Force majeure, hardship et clauses de sortie
Une clause de force majeure efficace doit définir précisément les événements qui, pour ce contrat spécifique, seront considérés comme tels, plutôt que de se contenter d’une référence générale à la notion. Cette précision évite les débats d’interprétation au moment où l’événement redouté survient réellement.
Une clause de hardship permet aux parties de renégocier les termes du contrat en cas de déséquilibre économique majeur survenu après la signature, sans pour autant remettre en cause l’existence même de l’accord. Enfin, les conséquences d’une rupture de contrat ou d’une mauvaise exécution doivent être clarifiées dès la négociation, notamment les modalités de résiliation et les pénalités associées, pour éviter qu’un désaccord sur l’exécution ne se transforme en contentieux prolongé faute de cadre contractuel précis.
Anticiper plutôt que corriger
La solidité d’un contrat commercial international ne se mesure pas à sa longueur, mais à la précision des clauses stratégiques qui encadrent le droit applicable, la juridiction, les aspects financiers et la gestion des imprévus. Ces clauses doivent être anticipées dès la phase de négociation et non ajoutées a posteriori, une vigilance que l’accompagnement d’un cabinet spécialisé comme steeringlegal.com permet de sécuriser en amont de la signature.
